|

Une grande majorité de la population ayant toujours l'idée que les aveugles lisent grâce au Braille, il nous a semblé important, cette année d'inviter nos bienfaiteurs (ceux qui soutiennent l'association avec tant de constance, et / ou qui prennent nos jeunes en stage) pour faire une présentation de nos travaux, pour leur montrer de visu et de façon tactile, le travail que fait l'association, l'utilité directe de ce travail pour les jeunes D.V. (déficients visuels), nos adhérents : la numérisation des livres, pour en permettre la lecture par synthèse vocale.
La Maison des Associations du 15° nous ayant prêté une magnifique salle, nous y avons déménagé 4 ordinateurs et 2 scanners, mobilisé des bénévoles, pour montrer le lourd travail de corrections « humaines » – et une dizaine de jeunes D.V. pour venir expliquer comment ils lisent ces livres que nous numérisons, mais aussi comment ils surfent sur internet, utilisent le courrier électronique...
|
| Un ancien ministre, deux députés en personne, trois députés « représentés », des conseillers municipaux, des candidats aux élections municipales, des représentants de la Mairie de Paris, des représentants des grandes entreprises... se sont pressés autour des ateliers de démonstration. Venus, comme à un devoir de représentation, ils ont vite été enrôlés dans les ateliers, avec un niveau de concentration et d'attention, peu coutumiers dans ce genre d'assemblée. |
| Au coude à coude avec ces étudiants non-voyants, avec les bénévoles, autour de ces ateliers pour comprendre, de ces ateliers pour apprendre, dans une atmosphère studieuse, ils ont suivi toutes les étapes : le trajet d'un livre, de sa version papier, (telle que nous la consultons), à travers les logiciels de scanners, puis les nombreuses heures de corrections, jusqu'à la lecture « audio » par le logiciel de synthèse vocale, (dont le plus connu est « jaws »). | |
| Miracle technologique auquel les jeunes déficients visuels (et beaucoup de moins jeunes) sont tellement habitués depuis une dizaine d'années déjà, qu'ils en viennent à oublier qu'il est pratiquement inconnu du grand public. Quelques jours auparavant, en effet, interrogés sur la question « savez-vous comment lisent les aveugles ? » - ces personnalités invitées, avaient répondu, comme tout un chacun : « en braille ». |
de Louis Braille aux mâchoires du requin (« jaws »)
les premières inventions de la lecture pour D.V. (déficients visuels) sont relativement récentes, dans l'histoire de l'humanité :
Aux alentours de 1808, un officier de l'armée française pendant la Révolution, Charles Barbier de la Serre, avait imaginé un système d'écriture permettant aux militaires d'échanger les instructions la nuit, sans allumer sa lampe : ce système est appelé l'écriture nocturne.
Système qui a rencontré peu de succès à l'armée, et qu'il a donc présenté à l'Institut Royal des Aveugles.
Le jeune Louis Braille (1809-1852), qui avait perdu la vue accidentellement pendant l'enfance, reprit ce système. Dès l'âge de 13 ans, il le perfectionna, le modifia, parvenant à la création d'un alphabet, calqué sur celui des voyants, et ouvrant aux D.V. à un accès réel et complet à la culture.
| Restait toutefois un problème important que le braille ne résolvait pas : celui de la communication entre aveugles et voyants, qui avait été une des préoccupations majeures de Valentin Haüy.(1745-1822), On ne pouvait évidemment pas demander que le braille soit enseigné dans les écoles des voyants (...) C’était aux aveugles de se mettre à la portée des voyants et Louis Braille en était parfaitement conscient. | |
| Dans les années 1990, la déferlante informatique a également révolutionné la vie des déficients visuels. Dorénavant, ils pouvaient « lire », avoir une lecture audio de tout ce que les voyants voient sur un écran d'ordinateur - lecture des sites internet, des messageries électroniques (dont ils « entendent » les mails et auxquels ils répondent, comme n'importe quel voyant qui tape sans regarder son clavier) -dorénavant, un voyant et un D.V. peuvent travailler ensemble sur un même texte, sur un même écran.
|
des jeunes et des projets
| Les invités, quelque peu abasourdis par toutes ces découvertes, l'étaient encore davantage lorsque ces nouveautés leur étaient présentées par les jeunes D.V. – qui parlaient de leur cursus universitaire, de leur avenir, dans une ambiance conviviale et détendue. En effet, tout au long des ateliers, à chaque étape, les jeunes expliquaient les usages de la synthèse vocale, et l'autonomie qu'elle leur avait apportée : accès aux sites internet, aux messageries électroniques, « chat » sur msn, comme n'importe lequel des ado qui nous entourent – lecture de la presse en ligne...
|
vers le monde du travail
Avec une très grande attention, l'assistance a écouté le seul discours, celui du président Claude Lacour qui a mis des mots sur ce qu'ils venaient de découvrir, et montré à quel point cette autonomie des non-voyants ouvrait naturellement vers le monde du travail . Le second chantier de « Baisser les Barrières », après ces numérisations, sont en effet les stages, offerts par les entreprises à nos jeunes D.V. |
choc de « cultures » ?
Lorsqu'une partie de la société, un groupe humain délimité, apprend à une autre partie de la société, les révolutions dont il a bénéficié, et qui lui permettent de fonctionner autrement, de renverser totalement le regard que « ces autres » portaient sur eux... cela doit-il s'appeler un « choc de cultures » ? un « choc de sociétés » ? ... difficile question.
La préparation de cette réception ne s'est donc pas passée sans heurts.
En effet, face au désir, que beaucoup de personnes handicapées ont, chevillé au corps, de passer inaperçues, d'être considérées « comme tout le monde », l'attitude de ceux qui veulent faire connaître les progrès, les montrer, faire changer les regards, est parfois perçue, par les personnes handicapées elles-mêmes, comme un excès de bruit et de démonstration. |
|
La question est sans doute de savoir si un changement si profond, dans la société, dans les entreprises, peut réellement se produire sans que personne ne soit obligé - à une étape ou une autre - de « forcer » les mentalités.
Nous serions très touchés si vous vous exprimiez sur ces questions – (comme pour le 1° forum, les mails à baisserlesbarrieres@yahoo.fr à ce sujet seront insérés dans le 2° forum qui sera ouvert sur www.baisserlesbarrieres.org, dans le mois à venir)
|
| Personnes valides et personnes handicapées se connaissent mal, et craignent souvent de se rapprocher, de se mélanger – le projet initial de « Baisser les Barrières » était de favoriser une sorte de « ré-apprivoisement réciproque » - bien sûr, rien n'est encore acquis – après chaque stage, après chaque rencontre ou « présentation » de ce type, à chaque occasion de vivre ensemble, les valides, en tout cas, disent qu'ils ont appris – et se sont rassurés. |
| Un nouveau merci très chaleureux, à ceux qui ont honoré cette fête de leur présence . Merci à ceux qui n'ont pas pu venir, mais nous ont redit leur soutien – c'est très précieux - merci à ceux qui ont déjà pris (ou pourront prendre) une heure de leur temps (durant ces mois de mars/avril) pour les « sessions de rattrapage », que nous assurons, (avec une adaptabilité remarquable de notre équipe, des jeunes D.V., et des bénévoles, qui vous accueilleront à l'heure qui vous arrange !) | ![]() |
Mais nous savons bien que les emplois du temps sont souvent plus forts que l'envie d'être parmi nous.
Merci à tous nos soutiens : forts de ce que nous avons pu réaliser grâce à vous, l'année 2008 s'est ouverte, pleine de projets, que nous poursuivons avec ardeur -